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Lubies - Page 83

  • Toute l'histoire du cinéma...

    A la radio,
    me dit-elle, 
    une chanson a trébuché
    sur ma bouche. 
    Je nourrissais mon chat,
    qui passe aux yeux
    de mon dernier plan-cul
    pour un chef d'oeuvre
    de la littérature 
    fantastique.
    Il n'a plus
    vraiment l'âge
    de s'attabler en terrasse
    en roulottant 
    le bas de son jean.
    Et pourtant
    on dirait
    qu'il a fait ça
    toute sa vie.
    Même quand c'était
    ringard.
    Il préfère écouter
    les albums
    de R.E.M
    au bricolage.
    La dernière fois
    que sa femme
    a voulu qu'il monte
    une étagère,
    il a emmené
    ses deux filles
    au zoo parc de Beauval. 
    Le bébé panda fêtait
    ses 1 an.
    Ils ont mangé 
    une glace...

    A la radio, 
    me dit-elle,
    une chanson a trébuché
    sur ma bouche.
    Hier soir,
    il portait une paire
    de mocassin
    en cuir velours
    et cette veste militaire
    vintage
    qu'il porte tous,
    ces jours-ci,
    avec, bien sur,
    la chemise en lin
    obligatoire
    quand le printemps arrive.
    Et même à quarante ans,
    tu sais,
    il arrive toujours
    un peu trop
    vite.
    Ne fait que passer
    comme l'ombre passe,
    après 18 h,
    au-dessus des arbres.
    Hier soir,
    tu sais,
    quand il a été parti,
    pour la première fois,
    j'ai eu envie de m'asseoir
    au milieu de la cuisine
    et de pleurer
    sur les restes
    de toasts au tarama.
    Mais j'ai allumé la radio
    en remplissant
    le lave-vaisselle.
    Dehors, la nuit pouvait
    remettre son petit
    masque.

    A la radio,
    me dit-elle,
    une chanson a trébuché
    sur ma bouche.
    Mon chat ronronnait
    ses petits murmures
    de Satan. 
    Dans la vie, tu sais,
    en principe,
    je suis comédienne.
    Cette nuit,
    j'ai encore rêvé
    que je faisais
    une brève apparition
    dans un film de Pialat.
    Et alors Pialat m'expliquait
    la scène
    où l'on me verrait
    marcher,
    de dos.
    Ce dos c'est toute 
    l'histoire du cinéma,
    me disait-il.
    Une étrange demeure
    qui sue l'horreur
    des grands serpents
    qui l'habitent
    entre "Moteur!"
    et "coupez!

  • Les cachalots restaient sans explication...

    J'ai marché dans des forêts profondes, me dit-il. J'ai vécu le beau revoir. Les brames et les coups de fusil mesquins qui claquent haut dans le ciel qu'on croyait pourtant solide. J'ai marché dans les grandes villes. Toutes les saisons s'y confondaient. Ouais. Dans certaines villes, parfois, une petite neige courte se mettait à tomber sur les couples prisonniers de la canicule. Et puis j'en ai eu assez de ça. J'ai fait des films là où d'autres faisaient du cinéma. Mon premier script? L'histoire d'un sachet de croquettes pour chien, filmé à bonne distance comme la fin d'une journée monotone que coulerait, par exemple, une femme repliée farouchement sur son sens du devoir, jusqu'à ce sourire sans calcul venu lui caresser les joues tutu-nunu...Un jour, j'ai enfin divorcé d'avec cette fille capable de minauder mieux que toutes les Juliette Binoche réunies et dont la vulgarité surpassait les tics de langage d'un présentateur de JT. Je me suis acheté un pantalon cargo. Marron. J'ai marché dans la mélancolie toutes voiles dehors. Quand un pêcheur a faim, il se plaint du vent. Devient pessimiste comme la gauche de gouvernement. J'ai détesté la mer, le sel des océans. Toutes les sirènes venaient de tribord. Les cachalots restaient sans explication. Mais malgré tout. Ouais. Même en vertu de la foutue loi du silence, mec, je me souviens de tout...

     

     

  • Un dimanche de rêve...

    Un dimanche de rêve, me dit-elle. Aucun animal ne sera plus jamais maltraité. Un dimanche comme on en faisait plus depuis longtemps. Depeche Mode se dore la pilule sur nos platines. Nous avons tous quelque chose à cacher. Chacun dans sa chacune afin de chercher la fortune en fouillant au plus profond de l'âme, comme le héros blessé du film ou la fiancée du pirate partie à l'abordage du vaisseau fantôme voleur de secrets. Un dimanche au goût de noisette. L'élégance est sur le jardin. On écoute la voix des autres, leurs tendresses minuscules, leur falsetto délicat. Un dimanche en jogging qui parle couramment le russe à votre rythme. Un dimanche en Floride où des chasseurs de crocodiles d'un nouveau genre font partout leur apparition. Un dimanche qui ressemble au poil incarné le plus long du monde libre. Plus besoin de pâtes et de pizzas pour continuer de vivre à l'italienne. Un dimanche coincé au milieu du divorce de ses parents. Quand l'amour recommence à mentir par omission, on prend le métro pour disparaître dans un trou noir...