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Lubies - Page 81

  • Sauve-moi...

    Sauve-moi...

    J'ai un peu trop bu

    bu un peu trop

    de tous ces vins

    d'un peu toutes les sortes

    Bu comme le pêcheur

    qui se rêve en victime

    capable allez pour une fois

    d'attirer sur lui

    un reliquat de compassion. 

    Sauve-moi...

    J'ai un peu trop bu

    comme il nous arrive 

    de boire

    quand on tente en vain

    de revenir sur nos pas.

    Oh mais nous venons

    toutes et tous

    de cet endroit

    quand la jeunesse était

    un lieu hanté

    Le premier grand amour

    t'a appris à lancer

    des chats

    pour que cesse ce mauvais

    temps

    et qu'un peu de soleil

    te permette de jouer

    au jardin...

    Sauve-moi... 

    On a pu y croire dur comme fer

    Depuis le fer

    est dans le sang

    On savait pourtant

    que ça ne marcherait pas

    Sauve-moi...

    Et c'est passé très vite

    jusque dans la mémoire

    morte

    que les mauvaises décisions 

    font naître

    alors qu'une chanteuse

    s'entiche du premier guitariste

    Dis-moi chaton

    pourrais-tu m'apprendre

    à chanter 

    Tout à l'heure tu semblais si heureux

    d'être malheureux

    et puis tu sais au moins

    compter jusqu'à trois...

    Sauve-moi...

    J'ai un peu trop bu

    Il pleuvait des cordes

    et j'ai eu envie de me pendre...

    Sauve-moi...

    Je pensais avoir le temps

    de franchir la ligne

    à partir de minuit

    où croit-on tout

    peut redevenir tranquille

    et sombre

    Mais en dehors de cette limite

    nos yeux sont des torches

    qui éclairent la nuit

    d'une lumière différente

    Et il y a toujours une fille

    qui sait sucer son pouce

    Une fille qui vous embrasse

    sous les porches

    et tu ne peux plus bouger

    L'amour la haine

    quand sa langue remue

    avec des douceurs incroyables

    elle les fait apparaître

    devant toi

    Oh oui il y a toujours une fille

    pour te rendre invincible

    jusqu'à ce qu'elle apprenne

    enfin

    à dormir toute seule...

    Sauve-moi...

    Il a toujours une ombre

    une silhouette et regarde

    toutes les promesses

    que sa petite menotte

    promène en laisse

    Qu'est-ce qui cloche chez moi?

    Sauve-moi...

    J'ai un peu trop bu

    Et voilà que bientôt

    à nouveau tu l'aperçois

    et elle t'observe

    au-dessus des mousses

    et de l'espace 

    où les mélancolies recommencent

    Après les lampes s'éteindront

    jusqu'à la prochaine fois...

    Sauve-moi...

    C'est beau c'est tellement beau

    comme elle fait rouler

    ses yeux

    derrière les fenêtres rougies

    des cabarets

    que l'esprit lounge

    traverse avec une grande idée

    d'éternel retour 

    Dans ses yeux oui ces yeux-là

    tu supposes

    qu'un incendie pourrait

    cacher des raisons

    macabres...

    J'ai un peu trop bu...

    Sauve-moi....

  • ...

    Parfois, me dit-il,
    le mercredi matin
    te regarde avec ses yeux
    de pierre blanche
    Tu reprends à peu près
    la même place
    dans le train.
    Les filles sont maquillées
    comme des cambriolages
    Les garçons farfouillent
    dans la caisse à outils
    de leur smartphone
    Les unes alors
    le front moite
    aimeraient bien oublier
    ce corps que l'été
    déjà en avance
    d'angle en angle
    embarrasse
    Est-ce que le soleil
    a promis
    de leur rendre visite
    nuit après nuit?
    Les autres aiment
    toujours autant
    le confort public
    mais ils manquent
    de courage
    pour leur avouer
    le cœur entre les dents
    qu'ils ont épuisé
    les magies de l'enfance
    à courir après
    des roues de tracteur...

  • Le train t'apprend à (presque) tout quitter...

     

    La lande défile à très grande vitesse. Les morceaux des Smiths se confondent avec les champs de blé. Le blé est encore un peu vert. La voix de Morrissey a appris à mûrir en graine. Le wagon-bar est situé en voiture 5. Le printemps chante un arc en ciel entre deux formules et ton sandwich crudités. Prendre un train c'est encore écrire...

    Les charolaises reposent en paix. New Order joue Crystal et c'est comme si, par la seule grâce des machines, les foins avançaient d'un mois ou deux, oui, comme si le monde flottait dans une odeur, âcre et sèche, de moisson. Pourtant, le vert creuse partout la plaine. Sur le carré, juste en face, une adolescente, la frange sage et le nez au retroussé gothique, regarde la dernière saison de Game of Thrones. Mon voisin, la petite vingtaine, me demande " votre polo c'est un Fred Perry ?" La voiture bar est située en voiture 4. La gamine me soupire au visage un peu de son taboulé persil et menthe. J'ai surtout envie d'un café. D'écouter New Order en regardant tout ce vert devenir l'été. Ecrire, c'est se perdre de vue...
     
    A quoi ressemble les gares sur les quais du retour? Les gens s'enfuient dans le noir. Pour pleurer avec violence. Textoter, le doigt tremblant comme une bière artisanale, cette réunion de dernière minute qui les aurait une nouvelle fois mis en retard. Râler en regrettant la forme étrange des fumées. Se demander si les enfants ont fini leurs devoirs. Si une pizza les attend. Ou le souffle glacial de l'infidélité...La vie nous brise. Parfois, pas ça de vent pour venir vous secouer à l'intérieur. Nos rêves, quand il en reste, ressemblent à trois ou quatre petits messieurs étriqués. Même leurs yeux ont été jeunes avant vous. Le train t'apprend à (presque) tout quitter...