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Lubies - Page 77

  • Une fresque comme on les aime...

    Je retrouve la ville
    Ses grâces sordides
    me percent
    Sa beauté trouble
    m'éblouit
    comme un soleil après
    que le repos et l'abstinence
    aient raffermi ma main
    Je retrouve la ville
    qu'on ne quitte jamais
    vraiment
    Je laisse loin derrière moi
    les yeux de la nuit
    qui me regardent
    sans la moindre expression...
    Je retrouve la ville
    qu'on n'abandonne pas
    qui me dit que c'est
    si beau la vie
    alors j'aimerais savoir
    comment je m'y prendrais
    pour vivre
    Je retrouve la ville
    comme on s'empresse
    de secouer sa vieille
    carcasse d'os
    dans une fresque comme
    on les aime
    Je retrouve la ville
    je renoue
    avec un tremblement de terre
    mais encore
    avec la vieille harmonie
    et aussi pour faire en sorte
    que le monde d'avant
    et même celui
    dont nos rêves accoucheront
    peut-être dans un bruit
    de barbecue compliqué
    ou va savoir
    dans des cris de joie
    à réveiller l'âme
    des presque morts
    qui jonchent les trottoirs
    de l'ombre
    Oui va savoir
    puisque on ne sait rien...
    Je retrouve la ville
    afin de recevoir à nouveau
    son sourire
    entre mes doigts écartés
    comme les bras d'un ruisseau
    à sec
    auquel il tarde
    que la terre lui rouvre
    son cœur mouillé de pluie
    Je retrouve la ville
    avant que la triste
    chaleur d'homme mort
    d'un nouveau départ
    rallume l'ombre
    et la poussière...

  • Comme une marée...

    Nous étions jeunes, comme ça, absolument. La ville buvait nos mauvaises sueurs comme une marée. Nous étions jeunes. Nous étions même la première génération oisive. L'été vous prenait un peu par surprise, à cette époque. L'oisiveté jouait à la maman parfaite de tous les premiers vices, au papa défaillant un weekend sur deux. Oui, voilà. Les choses ont-elles vraiment changé? Sans doute. Ou peut-être pas...

    Nous étions jeunes. Nous tombions amoureux tout de suite, puisque c'était toujours tout de suite qu'il fallait choisir. Les uns voulaient apprendre à jouer de la guitare. Les autres à faire des films. Tout un chacun dans sa chacune et vice inversé, bref, tout le monde voulait mettre beaucoup d'amour dans ses futures chansons, ses prochains films, ses slows braguette à venir, ses brunch au café Marly, ses graffs griffés d'angoisse à la lisière des Quatre temps. Nous étions jeunes et nous nous mettions, un peu toutes-un peu tous, à sortir pour rencontrer des gens. Nous étions jeunes, comme ça, dans l'oisiveté du moment. Les gens qu'on rencontrait, parfois nous souriaient, parfois encore claquaient des dents. Le Paradis ou l'Enfer se promenaient sur leurs visages. Il allait falloir apprendre à lire le langage du corps. Apprendre à interpréter les pleurs et les sourires. Et vite.

    Nous étions jeunes. C'était l'été. Parfois, c'était un été en ville. Parfois, aussi, c'était un été en province. En province ou en ville, on partageait son argent, ses secrets et son lit. Il y avait toujours un joli garçon. Toujours une blonde avec des petits seins mais qui courait à une allure folle. Une brune qui piquait ton cœur à son cou d'impératrice déjà trop vieille pour mourir dans la jeunesse d'un premier soir. 

    Nous étions jeunes. Nous refusions de porter un discours. Notre idéal se simplifiait tout seul en essayant de combler quelques lacunes dans nos vieux dossiers adolescents. Pour remettre de l'ordre dans tout ça, il suffisait d'une bouche. D'une danse de paon sous un platane centenaire où on voudrait toujours avoir seize ans. D'une vieille caisse pourrie mais à peu près décapotable, empruntée à un père au sommeil très lourd à cause d'un ventre beaucoup trop plat. 

    Un jour, à force, nous avons vieilli. Les uns n'ont pas écrit leurs chansons. Les autres n'ont pas tourné leurs films. Tout le monde n'a pas pu réduire la profondeur de ses cicatrices. Tout le monde ne s'est pas mis, non plus, à offrir des gin-tonic à sa petite amie juste avant de la découper en morceaux. Les uns et les autres, en vieillissant, n'ont pas eu d'autre choix que d'acclimater leurs déséquilibres à la corde raide où la vie les forçait maintenant à s'avancer, avec tout leur attirail de voyageurs de commerce...

  • ...

    Je ne sais pas, me dit-elle, qui a inventé la solitude. Dieu ou certaines chansons de Scott Walker? Mais qui que ce soit, et avec bientôt deux ans de décalage, ça oscille toujours entre trois scènes de ménage plus ou moins exhibitionnistes et deux séquences interminables où une femme seule discute au lit avec un amant imaginaire qui a encore oublié de se raser les poils du torse. Mais bon comme elle l'aime, il ne devrait pas se faire autant de mauvais sang...