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Lubies - Page 5

  • ...

    Quand un chasseur perd
    son chien,
    il se retrouve
    nu et désespéré.
    On raconte qu'il se met
    à acheter,
    de manière compulsive,
    des billets coupe-file
    pour tous les
    moments si doux
    qui précèdent
    nos envies de tourner
    dans un western fauché,
    venues un peu avant 
    la vingtaine...
    Quand une chanteuse pop
    cesse enfin 
    de tomber amoureuse 
    de tous les guitaristes
    déguisés en publicitaire,
    récent 
    et en couleurs,
    de cinquantaine secondes,
    une escouade de critiques,
    armées de fourchettes,
    déjà vous explique
    dans quelle mesure 
    sur les murs
    de la ville,
    brusquement
    les photographes
    spécialisés dans le nu
    féminin et les fantasmes
    pressés et rémunérateurs,
    trouvent 
    porte close
    devant leur ancien atelier,
    et ce en dépit 
    de l'activité
    fébrile
    qui règne de bas en haut
    des nouvelles tendances
    que son propos
    incarne désormais
    dans l'espace domestique...
    Alors il n'est pas rare
    qu'un chasseur qui vient
    de perdre
    son chien,
    franchisse à cloche-pied
    le Rubicon
    de tous ces ciels
    recouverts 
    de haine viriliste
    pour bande dessinée
    et réalisent, avec 
    une joie féroce,
    qu'on peut aussi bien tuer
    les gens 
    du bout des doigts,
    ou d'un simple coup 
    de casque d'aviateur 
    à la Snoopy...
    Alors, il peut même arriver
    que les chanteuses
    exécutées pour l'exemple-
    comme on tranche 
    l’hydre de service-
    par leur orchestre
    de gros malins au souffle court,
    se mettent à écraser
    avec frénésie
    ces maudites petites fleurs
    souriantes 
    à pattes de mouche,
    en direct des glissades,
    à l'affût sur l'autre
    versant de la forêt...

  • Bigfoot et la brasse papillon...

    La nuit s'achève.
    J'aimerais pouvoir encore
    m'émerveiller.
    Mais, hélas, mon café
    n'est pas celui qu'on croit.
    Il aime les langues de chat,
    Scott Walker
    et le gangsta rap.
    Il fume-beaucoup trop-
    ici.
    Se boit- moderato cantabile-
    un peu plus bas.
    Sa patience a ses limites
    que le matin épuise déjà…
    La nuit s'achève.
    J'aimerais pouvoir encore
    m'émerveiller.
    Mais on boit du Synthol
    pour se donner du courage.
    Toujours le récit
    maintes fois rebattu
    de l’orgueil offensé
    et ton cou de beatnik
    ou de minet finit
    par attraper
    froid
    au bord d'un col
    cheminée...
    La nuit s'achève...
    Sans doute as-tu rêvé,
    un jour,
    d'écrire une chanson-
    le genre de morceau
    imparable et définitif-,
    mais oui, une chanson
    dans laquelle
    tu clamerais enfin
    que l'impatience
    est une vertu
    cardinale.
    Que toutes les filles
    qui habitent
    le mois d'août,
    depuis l'invention
    du phonographe,
    ont toujours su
    pour la grande
    sécheresse de cœur
    de l'homme
    né dans la moustache
    de Bigfoot…
    La nuit s'achève.
    J'aimerais pouvoir encore
    m'émerveiller.
    Croire que les filles
    naissent blondement
    sur le trottoir de l'ombre.
    Qu'elles courent toujours
    au ralenti
    au fond de leur piscine vide,
    les yeux qui rêvent
    d'embrasser le ciel
    en faisant de la mobylette
    comme on nage la brasse papillon...

     

  • ...

    Oh mais oui, me dit-elle,
    encore un dimanche matin
    aussi sensuel qu'un adoucisseur
    livré-posé chez vous,
    vers 11 h 25 et quelques gouttes...
    Ma voisine est un dame âgée.
    Depuis trois semaine, au moins,
    elle parle d'investir dans
    une vache laitière.
    Elle affirme que pour survivre
    en milieu hostile,
    il faut mettre le prisonnier
    en lieu sûr
    avant qu'il ne soit lynché
    par la foule.
    Elle me parle parfois
    de son seul et unique amour.
    Quand elle m'invite pour le thé,
    c'est souvent qu'elle évoque
    la blondeur fanée de ses remords
    et sa nudité parfaite
    aperçue pour la dernière fois
    sur cette plage d'Espagne,
    un soir d'orage avec
    un sens assez spectaculaire
    du surnaturel.
    Vieillir, pour elle,
    consiste à soumettre
    tout le voisinage
    à son gâtisme baroque
    et à ses rêves de sable un peu snob...
    Oh mais oui, encore un dimanche
    et mes mains inventent
    des façons de ville du sud
    écrasée de soleil.
    Je repense au shoegaze,
    lorsque tous les deux lovés
    par amour de nos rôles
    de comédiens accomplis,
    nous nous lancions des bouquets
    de rose qui désormais
    tapissent nos corbeilles à papier...
    Oh mais oui, me dit-elle,
    encore un dimanche matin
    et en termes de mort,
    tu me bats à plate couture.
    Heureusement, il y a le chat.
    Ce chat qui pisse
    sur toute la création.
    Heureusement.
    Tu me connais bien-par cœur-
    sur le bout des ongles-comme
    si tu m’avais faite
    et que tu aurais mieux fait
    de ne rien faire.
    Tu sais comment je suis
    quand je me retrouve toute seule.
    Tu sais que l’existence,
    quand je me retrouve toute seule,
    mais oui, c'est comme
    un faux-chignon.
    Au moment de m’en saisir,
    elle me reste toujours dans la main…