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Lubies - Page 2

  • 1989...

    Et demain, 

    alors, 

    si vous le voulez

    bien, 

    nous irons

    courir. 

    Transpirer

    à grosses gouttes,

    pour le meilleur

    et pour le pire.

    Oh mais mouille

    le maillot

    ou casse-toi!

    Transpirer

    parce qu'il fait 

    soif,

    ce soir.

    Si vous tenez

    vraiment

    à le savoir: 

    atrocement soif, 

    ce soir. 

    Oh je crois

    deviner

    à vos mines faussement

    rebelles,

    déconfites 

    et petites bourgeoises

    et ça,

    au moins,

    par ici,

    on en est sur;

    ah oui,

    étriquées

    à ne pas croire,

    et pour de vrai,

    oh oui, 

    je suppose

    vu d'ici,

    j'en suis

    à peu près certain,

    que ça ne vous

    dit rien. 

    Courir,

    il faut vraiment

    avoir eu soif, 

    tellement soif

    qu'on boirait

    la mer et les poissons, 

    pour faire ça...

    Avez-vous seulement

    été jeune?

    Jeune au point

    de croire

    à toutes ces fariboles

    hédonistes, libérales, 

    le vilain mot, 

    je vous l'accorde,

    assoiffé et sans lendemain, 

    la faute, sans doute, 

    à ce moralisme

    de boite nuit.

    Oh la nuit. 

    Toutes ces nuits

    qui se brisaient- 

    mais vas-y,

    regarde 

    tant qu'on tient

    encore en l'air.

    Regarde.

    Le samedi soir, c'est permis.-

    toutes ces nuits

    qui se brisaient

    après le plaisir

    des corps.

    Oh toutes ces putains

    de nuit.

    Regarde.

    Fouille dans la mémoire

    de nos corps.

    Sauf tu as peur

    de te salir les yeux.

    Avez- vous seulement cru,

    à l'essai

    aplati

    en haut style

    par Denis Charvet,

    le beau Denis, 

    en finale

    du championnat 

    de France

    et tout ça se passait-

    mais bien sur, 

    vous n'étiez pas là-

    en 1989?

    Avez seulement cru 

    à ce jeu venu

    d'ailleurs,

    ce jeu venu du rêve, 

    cet autre idéal simplifié,

    le rêve,

    le seul, l'unique,

    qu'ici on nommait

    le Stade Toulousain?

    Bien sur que non.

    Vous n'étiez pas là...

    L'affaire est entendue

    et il me reste

    un litre de bière

    à vomir,

    puisque depuis

    que le monde

    s'est voulu à tout prix

    unanime,

    la concurrence

    semble

    de plus en plus forte

    entre le cinéma américain

    et le notre.

    Je pourrais écrire

    que tout ça m'attriste

    mais je préfère

    revenir

    en 1989...

     

     

     

  • Wyoming...

    Un grand-père sur deux, 

    me dit-il,

    a du être cow-boy

    au Wyoming...

    Voici un homme,

    âge indéterminé

    et sale 

    comme les peignes

    depuis que la calvitie

    a surpris

    tous les coiffeurs

    du dixième arrondissement

    en flagrant-délit

    de braconnage

    au beau milieu d'un vidéo-clip 

    où une actrice,

    blonde à mourir d'ennui,

    s'exerçait poliment à la batterie

    sur les fesses

    nues et flasques

    d'un groom de vingt ans

    qui, aujourd'hui encore,

    peine à comprendre,

    pauvre garçon,

    qu'enfin le futur est femme,

    que le monde, 

    va devoir cesser,

    et très vite avec ça,

    de s'organiser autour de lui-même.

    Oui,

    pauvre garçon...

    Un grand-père sur deux,

    me dit-il, 

    a du être cow-boy

    au Wyoming.

    Porter des chemises à carreaux. 

    Abjurer et renier

    toute pensée 

    tant soit peu dandy. 

    Faire ami-ami

    avec tout un tas de femmes

    laides comme des bûches.

    Accepter 

    que des molossoïdes

    de chienne inconnue

    les embrassent sur la bouche...

     

     

     

     

     

     

     

  • Les rêves vivent sur les pentes, la mélancolie habite le plateau...

    Parfois, me dit-il,

    on finit 

    par tout perdre

    à force d'imaginer

    le pire.

    Et vivre de terreur,

    allez, pourquoi pas.

    C'est cette histoire,

    que certains films

    de série B

    racontent.

    Oui,

    cette histoire-là.

    Les muscles

    se gonflent

    de sang.

    L'air se déplace

    plus difficilement. 

    Il y a aussi l'angoisse,

    cette ancienne

    compagne.

    La peur qui rétrécit

    nos regards. 

    Alors,

    les tours de garde

    s'organisent,

    un peu partout.

    Une voix off

    de narrateur irrégulier

    balaie le feuillage

    caduque

    où s'abrite 

    notre esprit d'escalier.

    On consolide

    les positions

    pour parer

    à une attaque

    de rôdeurs nocturnes. 

    Jadis, 

    les vieux allaient mourir

    à Nanterre.

    Ils étaient les seuls,

    sans doute,

    à avoir la réponse

    à cette question 

    épineuse 

    que personne,

    à ce qu'on dit, 

    n'a jamais osé

    leur poser.

    Ça fait longtemps

    que les rêves

    vivent sur les pentes. 

    Longtemps que la mélancolie

    habite le plateau...