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Lubies - Page 2

  • Doute raisonnable

    Vers la forêt de Saint-Germain

    La nuit recule dans l'ombre 

    et le sang des bêtes 

    Toujours cette peur

    de la piqûre qui vient 

    renaître avec les premières 

    lueurs de l'aube

     

    Les gares ont fini

    leur gymnastique suédoise

    Une rumeur de chasse neige 

     et déjà sur l'autoroute 

    tout est en place 

    Avant que le jour 

    ne se lève pour de vrai 

    c'est là que nos rêves 

    priés de prendre

    une douche froide

    viendront déverser 

    leurs chiens courants 

    leurs chats crevés 

     

    Tu pourrais lire en moi

    comme dans l'amertume 

    du café mais pas

    ce matin puisque 

    si on évite de nommer 

    les choses elles cessent 

    aussitôt d'exister 

     

    Tu soulèves une hypothèse 

    En l'absence de preuves

    inattaquables

    chaque retour de vacances 

    bénéfice encore 

    d'un doute raisonnable 

  • Ascenseur social

    Je suis cette plage 

    près du Mail

    de La Rochelle 

     Un flic en flac

    d'eaux flapies

    que la houle

    ne parvient plus

    à bousculer 

     

    Je suis ce prof

    plus tellement 

    en vacances 

    J'ai observé les maisons 

    dans la plaine charentaise 

    Supposé 

    que par ici

    l'ascenseur social 

    avait dû rester

     longtemps bloqué 

    au premier étage 

     

    Je suis ce cirque minuscule

     Une moitié de semi remorque 

    Deux tigres un chameau 

    leurs impatiences 

    de ménagerie 

    pliées en quatre 

    dans ces cages

    aux barreaux rouillés 

    de merde et de pisse 

    qui zigzaguent à l'arrière 

    de maigres roulottes 

     

    Je suis cette faim

    cette soif

    Je rêve de m'assoupir

    sur ma fin de race 

    De mêler mes fatigues

    mes poussières 

    à cet horizon 

    de maïs grillé 

     

     

     

     

     

     

     

  • Photo ratée

    La mélancolie est un tourbillon 

    dans le fleuve des souvenirs 

    Elle remue dans les zones 

    grises fait remonter 

    à la surface un tas d'images 

    aux contours flous 

    et le rythme même de l'eau 

    peine à faire concorder 

    leurs intérêts paradoxaux 

     

    Il ne faudrait pas accorder

    autant d'importance 

    à tous ces témoignages 

    peu scrupuleux

    Ça reviendrait à racheter 

    des pans entiers de 

    notre mémoire 

    à coups de fish and chips 

     

    Hier une fin d'après midi

    comme il y en a

    sur les plages aux courbes

    douces de Charente Maritime 

    La chaleur agraffait nos peaux 

    au sable près du bord

    où l'océan s'épuisait

    à se frayer un chemin 

    renonçant bientôt 

    à nous lécher les pieds

     

    Le drame s'est joué 

    en à peine trois minutes 

    J'ai tout vu

    depuis ma serviette 

    L'arrivée du marchand de glaces

     pédalant sur son triporteur 

    assez vite débordé 

    par la cohue des gamins

    agitant leurs billets 

    froissés de sueur 

    et de gourmandise

    La course en sens inverse

     tout aussi nerveuse 

    de chacune et chacun

    jusqu'à ce que le plus petit 

    d'entre elles et eux

    chute contre les ruines 

    d'un château de sable 

    pour réapparaître aussitôt 

    la larme à l'oeil 

    et dans sa main incrédule 

    plus que le souvenir 

    d'un cornet deux boules 

     

    Comme il regagnait tête basse

    le parasol familial 

     j'ai songé à une de ces photos 

    ratées quand on

    appuie 

    sur le déclencheur 

    un peu par inadvertance