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Lubies - Page 2

  • L'Ourtiset

    Tu regardais la brume 

    déployer sa grande aile liquide

     depuis le sommet des montagnes

    Tu ne cherchais même plus

    à trouver ton unité là-dedans 

    Ici rien ne dure jamais 

    Tu profitais de cette caresse de plume 

    Tu guettais sans doute 

    la minute où le vent allait s'agiter

     incognito dans le feuillage 

    Tu espérais qu'il se remette 

    à distribuer ses frissons 

    Ici rien ne dure jamais 

    La brume s'est noyée 

    dans le souffle de la forêt

    avant de s'évanouir 

    comme la mousse

     qui revient mourir juste après

     l'écume des vagues 

    Je suis sorti de la maison 

    à l'heure où les canicules 

    cessent de faire tourner à vide 

    les pédales de la nuit 

    Je t'ai rejoint en tâtonnant 

    dans un bruit de café 

  • Métairie des Arbres

    Il aime bien pousser 

    ses promenades 

    jusqu'à l'abreuvoir 

    de la métairie des Arbres 

    J'aime bien le pousser 

    jusqu'au cinquième chapitre

    de chacune de ses

    histoires courtes qui ont

    pour décor d'ensemble 

    la métairie des arbres 

    Toutes s'achèvent 

    plus ou moins 

    sur ses doigts 

    qu'il aime bien plonger 

    dans les eaux vertes 

    comme les feuilles 

    d'un saule un saule 

    tortueux

    et qu'il agite

    avec des lenteurs 

    de princesse tibétaine 

    jusqu'à ce que les poissons 

    les poissons rouges

    qui peuplent l'abreuvoir 

    de la métairie des Arbres

    se remettent à onduler 

    tout autour 

  • Espezel

    Tandis que tu coupes

    deux oignons trois tomates 

    mon oncle s'avance

    son dos d'abord vouté

    sous la clôture électrique 

    dont il craint tellement 

    les décharges mesquines 

    et le voilà bientôt 

    50 mètres plus tard 

    mains aux poches 

    et cette impression 

    que sa casquette trop grande 

    pour lui toujours le précède 

     

    Jamais un nez rouge 

    n'a attendu son clown

    Aucune vache 

    sur le point de véler 

    l'emphase d'ivrogne

    du soleil au moment 

    où il se vautre 

    sur le sommet 

    de la montagne 

    avant de faire la bascule 

    pour avoir à nouveau 

    manqué la banquette 

     

    Mon oncle s'assied 

    Tu lui sers un muscat 

    Du bon à boire doucement 

    Il sort son portable 

    me chuchote

    depuis les pointes

    de sa moustache 

    une question inquiète 

     

    Tu demandes si

    les veaux ont tété 

    s'il a mis de l'eau aux bêtes 

    si le père a rentré les poules 

    s'il a fermé le chien 

    s'il a plié les oeufs

    si la véto a appelé 

    Mon oncle répond 

    un peu à côté 

    Ses oui oui évasifs 

    peinent à te convaincre 

    Quand il aura fini

    de dresser la table 

    tu lui feras peut-être 

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