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Lubies - Page 3

  • Recoudre l'ombre...

    Mon regard,

    au début,

    avait seulement envie d'avaler

    un gros morceau d'éloquence

    mais je me suis mis à regarder

    comme on regarde

    quelqu'un, quelque chose

    à s'en défoncer les yeux,

    et alors qui sait

    où la nuit peut vous mener,

    qui sait...

    Mais la vie,

    vois-tu,

    c'est une autre musique...

    Elle s'est assise

    avec de jolies façons

    d'enfant de la poussière

    l'air de quelqu'une

    déjà convaincue

    que les mots 

    sont tout juste bons

    à survivre en forêt,

    parce que, c'est comme ça,

    depuis que des tas 

    de jeunes gens

    se rassemblent

    au pied des immeubles, 

    parce que, d'où qu'on regarde

    quelqu'un, quelque chose,

    l'esprit des morts

    vous empoisonne 

    la tête

    et qu'ensuite il faut 

    encore

    recoudre l'ombre...

     

     

  • Prier nos anciens dieux sous une boule à facettes...

    Hier soir, tout était lisse, 

    tu as bu, j'ai bu,

    juste un peu

    et, pour une fois,

    ce matin,

    même le lave-vaisselle 

    semble trouver au monde

    un air

    d'insondable grandeur...

    Hier soir, je crois

    que c'était bien de n'être

    jamais dans l'excès...

    Entre amis, 

    les retrouvailles

    ont souvent lieu

    autour d'un genre

    de lac intérieur,

    mais nous sommes devenus 

    cette bande de garçons

    bien trop judicieux

    et le souvenir de notre jeunesse

    c'est à peine s'il est 

    capable de se déplacer

    soutenu par

    des cannes anglaises...

    La nuit, on aimerait

    retrouver le goût

    de cette exubérance irrationnelle,

    le goût du vent marin

    qui fait onduler les herbes

    comme si c'était des vagues...

    La nuit, alors,

    on aimerait parfois

    prier

    nos anciens dieux

    à genou

    sous une boule à facettes...

  • Audrey Horne...

    Dans la vie réelle, l'algèbre n'existe pas...

    Tu lèves les yeux au ciel

    et moi je marche dans les nuages.

    Ensuite nous nous installons

    bien confortablement

    au début des années

    quatre-vingt dix,

    et même si tout cela semble,

    dès le départ,

    voué au renoncement

    et aux déceptions,

    quand même,

    on a tous un peu hâte

    d'assister à nos débuts dans la vie,

    quand même...

    Tu me souris alors que tu tends

    le bras 

    dans un froissement délicat,

    élégant, oui, très élégant, 

    un froissement de tissus

    synthétique;

    ce geste-là

    comme un mot où j'entends

    encore, la sécheresse

    et la grâce. 

    Je me souviens de la première image

    au moment où,

    dans une odeur de neige,

    le poste de télé s'allume....

    Tu me sauves la vie et puis tu me brises le cœur...

    Nous tombons au beau milieu

    d'un épisode de Twin Peaks.

    David Lynch est déjà David Lynch,

    depuis longtemps, 

    les américains viennent tout juste

    de remporter 

    la dernière manche de la guerre froide

    au meilleur des cinq sets,

    le monde est du côté

    de celui qui reste debout,

    voilà pour l'idéologie dominante,

    mais peu importe,

    puisque nos rêves ne se sont pas encore

    brouillés

    avec leur système nerveux central. 

    A l'écran, cette fille,

    Audrey Horne,

    surgit et c'est là,

    au tout début des années

    quatre-vingt-dix,

    cette décennie peuplée

    de comédiennes perdues à tout jamais

    pour avoir cru, et dur comme fer,

    que la vie naîtrait toujours 

    dans les particules de plastique

    qui ont depuis lors renoncé

    à leur manière de vivre

    sur les plateaux de cinéma; 

    mais oui, il y a cette fille, 

    Audrey Horne,

    et mon dieu qu'elle est belle

    comme ça, 

    à mi chemin entre la princesse moderne

    et l'éternelle chipie de poche, 

    et puis elle, au moins,

    dans la vie,

    pour commencer,

    elle a tout ce qu'elle veut...