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Lubies - Page 3

  • Les derniers instruments de la soif...

    Alors...

    brusquement,

    j'ai pensé à un endroit.

    Un endroit peuplé

    de guitares sèches.

    Le genre d'endroit,

    en forme de poire.

    De poire

    pour la soif.

    D'espace possible

    entre la beauté et la douleur.

    La beauté nous rendait souvent

    visite.

    Mais la plupart du temps,

    nous n'étions pas

    chez nous...

    Toujours cru,

    puisqu'il faut bien

    croire,

    croire en quelqu'un,

    croire à quelque chose,

    toujours cru,

    donc-

    alors...

    j'attendais dans l'ombre

    en remplissant

    mon petit cahier

    d'exercices

    de pleine conscience-,

    toujours cru

    que les guitares étaient

    les derniers instruments

    de la soif...

     

  • Se sentir comme Mats Wilander, cette année-là...

    J'ai avalé mon scotch,

    me dit-il,

    et tout à coup,

    c'est comme si

    une cigogne

    s'était mise

    à charger un éléphant.

    Une fois dehors,

    heureusement,

    il faisait froid.

    Heureusement...

    Le veille, déjà,

    je m'étais levé 

    avec un goût

    de brume d'oreiller

    dans la bouche.

    Je me sentais

    comme Mats Wilander,

    cette année-là.

    Mon jeu m'ennuyait

    avant d'ennuyer

    les spectateurs...

     

     
     
     
  • ...

    La neige te rendait

    nerveuse

    et moi, alors, j'écoutais

    ce truc

    de Men at Work.

    C'était mon jour de repos.

    Ce morceau parlait enfin

    mon langage. 

    Depuis plusieurs heures,

    c'était même devenu une sorte

    de rituel. 

    Un rituel de trois minutes et

    quarante et une secondes

    qui me permettait de brûler

    la mélancolie

    deux fois plus vite.

    J'allais passer le restant

    de la journée en peignoir.

    Une journée idéale pour

    regretter,

    au cours d'un terrible face à face

    avec un sandwich,

    de n'avoir pas pris de cours

    de guitare

    quand il était encore

    temps...

    La neige s'est mise

    ensuite

    à paralyser tout

    le réseau ferroviaire. 

    Parti comme c'était parti,

    il allait falloir

    que tu télétravailles d'ici. 

    Je t'ai proposé un café

    au lit. 

    Tu as fait la moue, 

    comme parfois, après l'amour,

    quand tu te remets à douter

    qu'on puisse gâcher pareillement

    son existence

    à rêver

    de sales petites gouapes

    dont le seul but, dans la vie,

    est de taper sur

    des bouteilles de bière

    vides,

    en s'imaginant

    qu'ils mangeront bientôt

    leur bol de céréales

    sous une tente plantée

    au milieu du désert

    et si possible

    en face

    d'un camp de réfugiés...

    Sur la terrasse,

    je me souviens que les branches

    du bambou

    ne montraient aucune indulgence 

    pour cet hiver arrivé,

    tutu-nunu,

    sans prévenir.

    Ah non!

    Aucune indulgence pour

    cette forme grossière

    d'insistance....

    Tu as dit quelque chose

    comme:

    "Putain! J'aime pas la neige.

    Toute cette blancheur,

    tu trouves pas qu'on dirait

    un cliché pourri

    sur l'architecture de la Grèce

    antique?

    Enfin une connerie

    comme ça..."

    Le voisin d'en dessous est sorti

    en titubant. 

    "Un de ces jours, 

    il va bien falloir que tu lui parles.

    Marre de ce connard. 

    Il cogne sa femme 

    et à la fin

    c'est lui qui pleure."

    La veille, dans le train,

    tu avais lu

    un article très intérressant

    sur le sujet.

    "Ces types tapent sur leurs nanas

    comme jadis on marquait

    les esclaves. 

    Les bleus comme signe

    d'appartenance,

    tu vois un peu..."

    Le voisin d'en dessous est sorti

    pour faire un bonhomme

    de neige.

    Je me souviens que son bonhomme

    avait plutôt fière allure.

    Mieux vaut des remords

    que des regrets.

    Et qu'à la place des yeux,

    il avait mis

    deux bouchons de champagne.

    Un beau bricolage original

    pour les enfants... 

    Je crois aussi me souvenir

    que tu n'avais pas spécialement

    envie,

    à ce moment-là,

    de claquer le bec à ton ordinateur.

    Et pourtant...

    La neige te rendait

    nerveuse

    et moi, alors, j'écoutais

    ce truc

    de Men at Work.

    C'était mon jour de repos.

    Toi, tu avais surtout

    des tonnes de boulot

    sur les bras.

    Et pourtant, tu as dit,

    un cheval sur la langue: 

    "Tu sais, parfois, bien qu'il pleuve,

    j'ai envie de me promener..."

    Après, je crois,

    on a bu un café, vite fait mal fait.

    Mais c'était comme de jouer

    sur des machines à sous

    de luxe...

     

    (Photo de Baptiste Jeantet)