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Lubies - Page 202

  • Une aube pareille...

    Une aube pareille, 

    me suis-je dit,

    ça ne se refuse pas.

    C'était une aube très belle,

    très blonde,

    avec des yeux très verts.

    J'aurais aimé que quelqu'un,

    dans la force de sa jeunesse,

    que quelqu'un

    soit déjà en train d'écrire

    ce matin qui se levait,

    après l'ombre fraîche et reposante

    de tes yeux,

    ce matin qui se levait

    avec sa peau de Pierrot

    et ses paupières mauves.

    Mais pendant, je suppose,

    qu'on est en train

    d'écrire

    ce moment très joyeux,

    presque euphorique

    oui,

    et dans une langue 

    angoissée, à force,

    incertaine, forcément,

    et même un peu incrédule,

    je suppose qu'on n'est

    déjà plus

    qu'un faux jeune homme.

    Alors on évite,

    pour cette fois,

    d'engager tout son corps

    dans une aventure pareille.

    Tenez, par exemple,

    on regarde son père

    qui dans un geste

    très beau, très précis

    et avec cette façon

    assez unique

    d'utiliser les mécanismes

    vertueux de la terre,

    comme on sait 

    que c'est pour un temps

    très limité;

    oui, alors on regarde

    son père qui s'apprête,

    par exemple,

    à remettre à la page

    le goût de vivre

    comme on suivrait

    une conversation de profil... 

     

    (grand-père. Par Baptiste Jeantet)

     

     

     

     

  • ...

    Vivre par ici,

    c’est lâcher prise.

    Accepter

    de ne pas savoir

    s’il faut éprouver

    de la tendresse

    pour les personnages

    qui peuplent

    nos cauchemars…

    Et pourtant dès que

    je recommence

    à parler de moi,

    j’ai peur des chiens.

    Je porte mes lunettes

    en essayant de les associer

    à la forme de ton visage…

    Vivre par ici,

    ce serait comme se faire

    de nouveaux amis

    en ayant

    l’embarras du choix…

    J’aurais du voir

    dans tes yeux

    comme une métaphore

    renversée.

    Et j’ai regardé

    ailleurs…

    Ailleurs vers les nuages

    grisâtres et sans histoire.

    Ailleurs…

    Et puis le soleil s’est levé

    et la nuit a bien voulu

    revenir enfin sur son éviction…

     

    (photo Baptiste Jeantet)

     

     

     

     

     

  • ...

    Je me lève

    les traits agrandis

    de surprise,

    comme si j'étais toujours

    le fils préféré des nuages...

    Avant que la brume

    lâche son petit rire

    en forme d'avertissement,

    la nuit a déjà mis un terme

    à la lutte un peu absurde

    qui oppose

    les ténèbres à la lumière.

    Et c'est là,

    sur les pentes de la montagne

    en forme de débarcadère.

    Et c'est encore le même film,

    encore le même raccourcissement

    de la mémoire...

    Je me lève avec l'envie

    que tes départs 

    au pays de la confiture

    me fassent un peu de vent

    dans le dos...

    Rouvrant les yeux,

    un peu plus tôt,

    j'ai eu la sensation

    que je pourrais passer

    le reste de mon existence

    à m'enfoncer

    dans une chaise longue

    en jouant parfois

    à l'homme de ta vie...