Une aube pareille...
Une aube pareille,
me suis-je dit,
ça ne se refuse pas.
C'était une aube très belle,
très blonde,
avec des yeux très verts.
J'aurais aimé que quelqu'un,
dans la force de sa jeunesse,
que quelqu'un
soit déjà en train d'écrire
ce matin qui se levait,
après l'ombre fraîche et reposante
de tes yeux,
ce matin qui se levait
avec sa peau de Pierrot
et ses paupières mauves.
Mais pendant, je suppose,
qu'on est en train
d'écrire
ce moment très joyeux,
presque euphorique
oui,
et dans une langue
angoissée, à force,
incertaine, forcément,
et même un peu incrédule,
je suppose qu'on n'est
déjà plus
qu'un faux jeune homme.
Alors on évite,
pour cette fois,
d'engager tout son corps
dans une aventure pareille.
Tenez, par exemple,
on regarde son père
qui dans un geste
très beau, très précis
et avec cette façon
assez unique
d'utiliser les mécanismes
vertueux de la terre,
comme on sait
que c'est pour un temps
très limité;
oui, alors on regarde
son père qui s'apprête,
par exemple,
à remettre à la page
le goût de vivre
comme on suivrait
une conversation de profil...
(grand-père. Par Baptiste Jeantet)