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Lubies - Page 206

  • L'été où toute cette pluie a commencé...

    Si nous habitions le dimanche,

    te chuchote parfois

    ce collègue de travail,

    un jour, qui sait,

    il serait peut-être à nous...

    Tu te retrousses les manches.

    Tu fais

    un de tes fameux regards

    torves

    et en coin.

    Oh mais t'as encore oublié

    de cirer tes chaussures.

    Oh mais...

    Hier encore, tu aimais beaucoup

    ça,

    quand avec le vieux chef,

    vous sifflotiez

    des chansons de fermiers russes.

    Des chansons éternelles

    datant, aucun doute possible,

    de cet été

    où toute la pluie a commencé...

    Oh oui, mais voilà.

    Quelque chose de sale, 

    quelque chose de moche,

    s'agite déjà en coulisses.

    Tu n'as pas envie

    d'en rester là.

    Juste envie d'être

    le personnage principal

    d'une histoire trop ancienne.

    La bonne vieille histoire 

    du type

    qui plaque tout

    sur un coup de tête.

    Une histoire simple

    avec cette idée un peu sotte

    de tout reconstruire. 

    La bonne vieille histoire

    du type

    qui rêve à voix haute 

    de s'installer dans le Midi,

    et qui, bien sur,

    vers treize heures,

    n'est toujours pas parti...

    Oh oui, mais voilà.

    Tu finis par te convaincre,

    à force,

    que toi aussi

    t'as du naître

    l'été où toute cette pluie

    a commencé...

     

     

     

  • Une chanson chasse l'autre...

     

    Il y avait une clôture de fil de fer barbelé, derrière la ferme. Assez hautes pour ne pas que les vaches, plutôt intrépides par ici, sautent par dessus. Et alors, bien sur, on s'est mis à essayer, nous aussi. C'était assez clair à nos yeux. L'enfance était un pays qui sentait la vache. Oui c'était évident. Avec une clôture de fil de fer barbelé pour frontière absolue...

     

    Une chanson chasse l'autre, me dit-il, et j'ai toujours autant de peine pour le premier café qui se mettra bientôt à couler du premier percolateur près duquel vivent encore, sous couverture, les dernières blondes de l'extérieur...oui, les dernières blondes de l'extérieur pour lesquelles, chaque soir, je récitais cette prière: "Vite, vite. Arrivez vite au ciel. Vite...avant que le diable ait eu vent de votre mort. Vite..." Ces blondes de l'extérieur qui ont si souvent servi de point d'ancrage à mes fantasmes, juste avant qu'ils ne s'en retournent à la poussière... mes fantasmes, comme les cavaliers fourbus et ridicules des anciennes légendes...A cette époque, tu l'ignores peut-être, j'avais pris l'habitude de venir regarder les rêves mourir d'asphyxie sur les branches de cet arbre qui tombait toujours du côté où ton sourire penchait. C'était au fond de ton joli jardin, un jardin cossu et tout ça...juste avant qu'ils ne s'en retournent à la poussière, mes fantasmes, comme les cavaliers fourbus et ridicules des anciennes légendes...Une chanson chasse l'autre et j'ai une pensée émue, une pensée à part pour le premier café qui va bientôt se mettre à couler...oh dans moins de trois minutes à compter de maintenant...Dire qu'il va se faire avaler par le premier connard- le genre à se prendre pour une enluminure très réaliste de la working class- en se demandant, mon dieu, ce qu'il a bien pu faire, dans une vie antérieure, pour mériter ça...

     
     
    Oui alors, le ciel, je ne sais pas, mais quelque chose- quelqu'un...Oui, c'est comme si le ciel s'était mis à grincer des dents. Là, tout à coup, à grincer des dents. C'est un soir où les âmes se dérobent. Les devoirs un peu à la sauvette. Les dîners qu'on laisse en suspens sur le pouce. Et toutes ces cigarettes molles qui fument au coin de tes paupières...

     

     

     

     

     

  • ...

    L'insomnie ce que c'est?

    L'insomnie, voyons,

    c'est un rat

    qui creuse le sol

    sous moi qui repose

    dans ce puits sec

    où le sommeil,

    pour faire vite,

    a cru bon

    de me faire glisser...

     

    (photo Frédérick Jeantet)