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Lubies - Page 206

  • Flottant...

    Courir, me dit-il, ça n'a, bien sur et à mon humble avis, rien à voir avec l'écriture. Strictement rien à voir. Même si quelqu'un- accessoirement un grand écrivain-comme Murakami, vous dira le contraire, lui qui court désormais le marathon après s'être longuement shooté à la nicotine. Lui qui a " simplement" - même si rien n'est simple avec les addictions- jugé plus profitable et judicieux de remplacer une drogue par une autre, certes plus hygiéniste, d'accord, d'accord... Mais c'est une toute autre affaire. Et cette affaire concerne au premier chef Murakami, lui seul et ses nombreux lecteurs, qui ont rudement raison- fallait-il que je le précise?- de suivre cette foulée-ample, diablement efficace. Et puis cette cadence...- que l'écrivain coureur de fond nomme " vitalité". Que ses livres reposent en paix. On écrit, il me semble- je parle pour moi. Je reste bien sagement à ma place. Je tiens ma position coûte que coûte, en dépit des moyens assez maigres dont je dispose. J'organise, au cas par cas, ma propre précarité et mes petits privilèges. Je me suis collé moi-même dans le pétrin alors il faut bien que je m'en démerde. S'il me venait un jour l'idée de déserter, pourvu que ma main ne tremble pas au moment d'accélérer la sentence, comme ça d'un coup sec et crac pour l'exemple-, oui, on n'écrit pas comme on court, me semble-t-il, mais plutôt comme on aimerait courir ou avoir couru, d'après une autre mémoire du corps, enfin, je ne sais pas...Ou bien...Mieux vaut oublier tout ça....

    Parfois, mais oui de telles choses se produisent, l'envie nous prend de recourir alors que c'est trop tard la jeunesse. Se sentirait-on soudain un peu à l'étroit dans sa peau? Allez-allez, mon short- ce flottant de rugby trop court pour ces cuisses décidément très grasses, décidément bien molles-, un vieux maillot réplica pourri- la tunique éternelle du Stade Toulousain. Le rugby c'est ma part de sacré. Voilà. Et puisqu'il meurt un peu plus à chaque match, mon cher club de cœur, c'est sans doute le meilleur moment de le remercier pour tout. Oui. Sans ce genre d'émotions, jamais je n'aurais eu l'idée de m'accouder, le corps en charpie et l'esprit malsain comme il faut, au comptoir graisseux et magnifique de la baraque à frites de la poésie. Non. Jamais. Et peu importe que vous trouviez ça risible. Si seulement, une fois dans votre vie, vous aviez milité au parti de la sueur et de l'idéal simplifié, si seulement, peut-être qu'alors...-, mais oui, allez-allez et que ça saute, mon flottant, mon vieux maillot réplica pourri et ma paire de baskets au regard d'homme grenouille et puis, hop-hop-hop, que nos derniers rêves transpirent une bonne fois pour toutes...

     

    (photo Baptiste Jeantet)

  • ...

    Trois pies un peu mal en point

    se battent depuis dix minutes 

    pour les restes d'un produit

    de grande consommation

    retiré de la vente

    après le scandale

    de la bague magique

    retrouvé au doigt

    d'un marin qui manqua

    perdre un œil

    cette fois que la brume

    chassant en meute

    à la crête des vagues

    alors que le printemps

    sans plus attendre

    s'en retournait en plein hiver

    puisque le mythe

    était sur le point de rendre

    son dernier souffle 

    et c'était carrément

    de notre faute

    nous écrivions à propos

    d'un drame qui n'existait pas

    en regardant droit

    dans les yeux

    là où tout se cache

    et s'enfouit

    cette fille en débardeur

    mauve

    qui rêvait de tatouer 

    sa liste de courses

    sur le bras

    de son amant imaginaire...

     

     

    (Photo Frédérick Jeantet)

     

     

     

  • Cette chose blanche qu'on nomme le matin...

    Ici commence une histoire

    et c'est peut-être l'histoire

    de cette chose blanche

    qu'on nomme le matin...

    Celle ou celui qui a inventé-

    "inventé", c'est encore mal dire.

    Je sais, je sais. Reprenons-,

    celle ou celui

    à l'origine de cette histoire 

    minuscule, 

    a eu vite fait 

    d'ouvrir la main-

    oh si seulement

    vous l'aviez-vu faire.

    Si seulement...-

    oui, vite fait d'ouvrir la main

    pour que toute cette histoire, 

    une histoire périssable

    une histoire à consommer sur place, 

    une histoire animée d'aucun dessein,

    non que dalle, même pas ça,

    absolument rien pour la faire

    tenir tant soit peu

    en l'air, 

    le genre d'histoire 

    qui aurait mieux fait

    de rester enfermée

    à double tour dans sa maison, 

    oui, 

    celle ou celui qui a cru malin

    d'inventer cette histoire

    aurait pu, au moins,

    se sauver très loin d'ici avec.

    Ou alors nous trancher

    les oreilles

    juste avant que.

    Ou bien, je ne sais pas, 

    moi...

    Ici finit cette histoire 

    puisque son auteur,

    selon toute vraisemblance,

    n'a pas voulu l'allonger

    démesurément...

     

    (Photo Frédérick Jeantet)