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Lubies - Page 203

  • ...

    Les souvenirs pratiquaient

    l'art délicat

    du bronzage intégral...

    Les larmes avaient de la grâce

    on allait haut dans la fièvre...

    A partir de quelle heure

    la vie allait-elle se remettre

    à circuler dans les idées?

    Le vent prononçait

    des paroles étranges

    la pluie esquissait des gestes 

    avec le même calme feint

    Elle vous souriait

    l'air d'accomplir un devoir ordinaire

    qui ne vous coûte pas grand chose...

    Plus les nuits étaient longues

    plus le temps passait vite

    Tu contenais ton excitation

    dans ces heures lourdes

    où les choses sont sur le point

    d'éclore dans le regard...

     

    (photo Baptiste Jeantet)

  • ...

    Elle adorait le superflu

    et la pensée latérale...

    Ce n'est pas l'histoire à la con

    d'une fille à problèmes...

    Elle n'a jamais

    vraiment cru 

    au storytelling

    cousu de fil blanc

    à cause d'une surconsommation

    de Prozac. 

    Ce truc de la part d'ombre

    tapie en chacun de nous

    elle a toujours pensé

    que ça n'existait pas

    que c'était seulement

    le soleil

    qui s'absentait 

    parfois...

    C'est l'histoire banale

    d'une ménagère 

    de moins de cinquante ans

    avec trois robes

    d'avance

    pour le cas

    où les salons de coiffure

    de la rue Catinat

    aient brusquement

    changé d'adresse

    en pleine nuit

    pour 

    élire domicile

    au beau milieu

    d'un champ de tournesols

    là où un orage suffirait

    à ralentir

    les battements de la mémoire....

     

    (Photo Frédérick Jeantet)

  • Miscasting...

    Ça commence par la sonnerie,

    un peu déçue,

    de ton vieux téléphone.

    Le téléphone finit

    par trouver refuge

    dans une tasse

    de café noir.

    Les vacances approchent

    à mesure que le jour baisse.

    Et puis on dirait 

    soudain

    que ta vie ressemble

    à un bureau fantôme.

    L'espace se dépeuple,

    peu à peu,

    comme le regard

    d'une actrice,

    après un miscasting

    de trop.

    Ce n'est pas comme si

    les êtres et les choses

    te manquaient.

    Non.

    Ils semblent avoir disparu

    et même

    depuis très longtemps.

    Aucune trace

    de toutes ces choses

    suffisamment personnelles,

    ces choses avec un air 

    de choses qui ne servent

    plus,

    ces choses qui prennent

    les poussières

    comme on prend le soleil.

    Ces choses

    qui n'ont pas ménagé

    leurs efforts

    pour justifier ton existence

    autour de toi....

    Ça commence comme ça

    et puis ça se termine 

    par une image

    presque anodine.

    Un vieux chien

    de berger

    en train de mordre 

    la queue

    d'un poisson chat.

    Et l'on suppose

    que le monde regrette

    d'avoir perdu le goût

    des compositions allégoriques...

     

    (photo Frédérick Jeantet)