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    Rassurez-vous, cette fois, je ne vais pas vous faire le coup du poème sale au réveil. Bien avant cette vie qui nous occupe où le temps est un chat dont les pattes s’avancent, reculent, un chat qui fait le dos rond et sous la main, crainte épuisée, finalement ronronne. Bien avant que nos nuits épousent la solitude, l’amour, la vie, la mort et d’autres banalités de cet ordre, un jour alors tu m'as dit :" ce sont toujours ceux dont on ne parle pas qui survivent dans les épopées." Rassurez-vous, cette fois, il ne saurait être question d'une de ces nuits avec un gout sucré de pomme sauvage.  Encore une de ces nuits où on passe son temps à vouloir qu'on vous aime. A regarder par la fenêtre avec une envie soudaine de train de marchandises. Une envie de chansons rapides  qui habitaient, à l'époque, dans des pays de plaine. Des pays où le temps était prêt à saigner au milieu d'autres gamins aussi gouapes et morveux que lui. Le temps, vous savez, à cet âge,  c’est ce tambour qu’on frappe jusqu’à ce que nos mains sentent le caoutchouc brûlé, qu'on frappe comme un perdu pour couvrir les rumeurs de la mort alentour. Rassurez-vous, cette fois, peut-être que tout était dit. Peut-être que tout était là. Mais on n'a pas su quoi regarder. Qui écouter. Un jour, pourtant, tu m'as dit qu'il suffisait parfois d'arriver sain et sauf jusqu'au mardi pour que la semaine passe plus vite... 

     

    (Photo Frédérick Jeantet)



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    Bien que ta dernière cigarette soit encore lointaine,  dès ce moment, l'aventure est commencée. Il fait jour et partout en France on livre vos rêves. Tu te lèves en faisant admirer aux chats ton petit jeu de hanches. Un chanteur irlandais chante sa vision du paradis terrestre en grattant un banjo par ci par là et sa voix pue la honte morte en couches et rien qu'à ça, me dis-tu, tu sens bien qu'il est toujours en délicatesse avec la disparition d'un proche et surtout qu'il doit sans doute s'agir d'un drame de fraîche date. Le temps que tu reviennes de la salle de bain, que tu te décides à ouvrir les fenêtres, que tu fasses en sorte qu'un peu d'air neuf s'engouffre, qu'une autre énergie partout circule, le désordre de la chambre a fait place aux mémoires d'un petit rat de cave... 

     

    Et voilà un samedi avec un joli cou mélancolique. Le reste c'est l'histoire d'une sensibilité blessée de très bonne heure. Ce samedi, alors je vais le regarder encore un peu, si tu permets. Oui. Il y en a de ces samedis avec des blessures si profondes qu'elles ne cicatriseront jamais. Et voilà. En plein automne nous retournerons en plein hiver...

     

    (Photo Frédérick Jeantet)