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Lubies - Page 160

  • A voir comment la caméra caressait leurs visages...

    Nous étions dans l'attente

    qu'un vent nouveau

    se lève enfin,

    là-bas,

    sous les éoliennes.

    Un peu trop minutieuse, 

    l'existence et ses politesses de salon,

    je veux dire

    pour apporter autre chose

    que du provisoire. 

    Nous avions encore le temps

    d'être jeune,

    je veux dire

    avant de mourir de soif

    ou d'être simplement relégués

    trop loin,

    vers les espaces vides

    de la solitude,

    comme ceux qui n'arrivent plus

    à suivre la cadence.

    Il était donc assez logique

    que le cinéma jusqu'ici

    occupe toute la place.

    Les films?

    Ceux qui dévastaient

    la vie courante. 

    A voir comment la caméra

    caressait leurs visages,

    alors, c'était sans doute

    la seule façon, 

    je veux dire de manière non violente, 

    oui, la seule façon

    de repousser les limites géographiques

    de nos fantasmes...

     

     

     

  • Et nous sommes quelques amis à suivre l'avalanche...

    J'habite une buvette de marché

    et nous sommes

    quelques amis à suivre

    l'avalanche jusqu'à la mer...

    Une fois solidement arrimés

    au comptoir,

    notre idéal simplifié

    comme une boulonnerie

    américaine

    ne veut plus redescendre.

    Parfois des serpents sifflent

    entre les derniers espaces

    faciles à installer

    sur le trottoir de l'ombre.

    Parfois un chat noir

    miaule

    depuis la cuvette

    des chiottes

    qui débordent, aux heures

    de pointe,

    de bons sentiments

    héroïques.

    Et sur le parking,

    de trois quart face

    caméra,

    des gamins perdus

    dans les dernières fumettes

    de l'adolescence

    apprennent à dresser

    les corbeaux

    pour le combat rapproché...

    Nous ne lutterons jamais

    à armes égales.

    Mon voisin de picon bière lance:

    "Je vous hais petite fille..."

    Je lui réponds de ne pas s'inquiéter.

    Un jour, nous aurons la peau

    de la nuit...

    Je bois mon café

    pendant qu'une girafe

    accouche en direct

    dans la savane lourde et lente

    du mardi matin.

    Tout est en ordre.

    Même la poussière qui s'amasse

    sur nos projets sans cesse

    remis aux malices suivantes....

    J'habite une buvette de marché

    et nous sommes

    quelques amis

    à voyager nos vies paisibles

    en traîneau à chien...

     

    (Photo Olivier Sarfati)

  • 1) Et nos dernières possessions habiteront le ciel...

    Et nos dernières possessions

    habiteront le ciel...

    Et tous alors,

    nous redeviendrons

    ce bruit d'orange

    amère

    heurtant la tête d'un troll

    au terme du grand galop

    étonnant et dansable...

    Et un vélo rouillé

    viendra se glisser

    sous nos paupières

    comme la rumeur lente

    d'une centaine d'empenadas

    psychédéliques

    à déguster sur le pouce,

    après cinquante ans...

    Et nous ferons revenir

    dans un peu d'huile d'olive,

    vingt-huit orgasmes

    de femmes sublimes,

    apportant la preuve irréfutable

    que la diversité existe

    bel et bien,

    d'un point de vue olfactif

    et sonore, en tout cas,

    depuis que la terre est ronde...