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Lubies - Page 259

  • ...

    Le train noircit l'aube au-dessus des corbeaux. Il y a dans la pluie de ce matin une certaine idée du contre-don... 

    J’ai galopé jusqu'à épuisement, me dit-il, mais est-ce que tu m'aimeras quand je mourrai? Oui, trouveras-tu le temps, alors, de célébrer mes vertus singulières: la pluie, les feuilles glissantes et, juste en dessous, tous ces secrets qui souillent l’âme...

      Les draps ont une odeur d'âge d'or, me dit-elle. Oui. Ce soir, c'est à ça que je pense en défaisant le lit. Ce soir, je sais que quand on s'aime, alors le lit s'ouvre avec une lenteur très calculée et aussi avec cette grâce pudique et c'est sans doute la seule attitude qui vaille pour un lit tout bête mais bon...Je sais que juste avant que deux corps ne viennent s'écraser là-dessus, l'amour ça pèse un certain poids, oui et que ça fait comme des bras qui s'ouvrent, en grand, donc, un lit, quand on le défait juste avant l'amour…

  • ...

     

    Montpellier

    coeur de ville

     et nous sommes place de la Canourgue

    Il s'agit d'une ville

    avec une jolie gueule de bois

     sur les bras

    et sinon il y a du vent

    marin

    me souffle ma voisine

    de petit déjeuner

    et vous aussi, monsieur, alors un café, c'est bien ça?

    en voilà une serveuse

    un peu trop gothique

    pour s'inscrire durablement

    dans la vie hôtelière

    et donc oui un café oui

    un café absolument

    et sinon des parasols taupes

    ce sont même sortes de parasols

    qui s'ouvrent dans le vent frais

    comme des corolles

    de tulipes oulipiennes

    je pense à un truc de Jules Laforgue

    j'allume une cigarette

    c’est l'heure où quelques papas abandonnés

    poussent de curieuses diligences

     y'a des mômes là-dedans

    des mômes et du vent

     marin donc.

  • Je me lève avec le sommeil...

     Je me lève avec le sommeil…

    il y a ce souvenir

    vieilli par le voyage

    entre les eaux et les forêts

    longtemps il hésite…

     

    Le vent soupire j’entrouvre les yeux

    et alors

    le monde change…

     

     il y a ce souvenir

    dont les pas s'enfoncent dans la neige

    ce souvenir qui trébuche

    et puis qui se relève

    et puis qui trébuche

    à nouveau

    et puis qui disparait

    pour de bon…

     

    Je me lève et tes mains retournent dans l’ombre…

     

    c'est comme ça qu'on chasse l'insomnie

    oui chez moi  c’est comme ça qu’on fait

    disais-tu hier soir

    avec cette voix criblée d’énigmes

    je suis du Sud tu sais

    chez moi avant

    d’être riche ou pauvre

    avant tout

    on est du Sud…

     

     

    Le jour s’éclaircit la gorge

    il est tôt

    le soleil ne marche pas encore dans les nuages…

     

     avant que ma mémoire

    ne tourne de l’œil

    tu as voulu que je rampe

    à tes cotés

    sur la pente la plus abrupte du lit

    là où tu disais

    chez moi l’insomnie

    viens un peu par là

    viens donc que je t’explique

    on la chasse à l'approche…

     

     

    Je me lève en ramassant ta culotte

    prête à partir au chagrin...

     

    ce matin n’a plus trop la tête

    à  tous ces gestes

    qui surveillent et qui punissent

    je t’aime…

     

     

     

     

     

     

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