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Lubies - Page 261

  • Fourche...

     

    Me suis levé de bonne heure

    et j'ai regardé mon père

    nourrir les vaches dans le clair-obscur

    de l'étable en pierre de taille,

    où dans ces minutes, à l'aube,

    la fatigue achève de transpirer  

    ses petites pollutions nocturnes. 

    Et là, comme il dispersait 

    un peu de cette poudre d'or

    en refaisant les litières...

    Regarde- regarde, 

    ses mains toutes striées de crevasses

    et cette rudesse qui part du poignet...

    Regarde-regarde mon père qui travaille 

    et comme tout jusqu'ici

    n'est que petits secouements de fourche,

    vifs-aériens-gracieux secouements de fourche..

  • Idéalisme brumeux...

    Le froid revient me frapper le visage,

    mes joues résonnent comme deux cloches.

    J’emporte avec moi

    un calepin de chef de gare.

    Je le glisse dans une poche,

    au cas où je n’aurais plus

    tous ces chats dans la gorge.

    On ne sait jamais,

    alors je m’en remets

    à mon idéalisme brumeux,

    des fois que le monde cesse soudain

    de chanter faux.

    Je prie pour que mes pensées

    sombres et silencieuses

    retrouvent bientôt ces qualités d’athlète

    qui leur ont permis de courir la terre

    en lançant des mots comme autant

    de chats spontanés…

     

     

     

  • Les montagnes à ma porte...

    Ce matin, alors, les montagnes

    sont descendues jusqu’à ma porte,

    et cette vue offrait,

    une fois encore,

    la preuve du désir fascinant

    qu’a toujours eu cette bonne vieille mélancolie

    de me fondre dessus,

    comme ça, au moment où on ne l’attendrait plus…

    Toujours les mêmes fantômes. Toujours…

    Et même ici où je me croyais tranquille,

    des chats qui avaient survécu

    depuis mon enfance,

    auprès de tous ces feux d’autrefois,

     se sont mis à me miauler après.

    «Où t’étais donc passé ? Oh mais putain, qu’est-ce que t’as foutu ?»

    Toujours les mêmes décisions sinistres. Toujours…

    Et même là, où je pensais pouvoir éliminer

    tout ce que j’avais écrit de sale et de moche,

    juste en fermant les yeux, la laideur au fond des poches,

    j’ai compris qu’il faudrait que le vent souffle tempête

    pour chasser la brume qui me recouvrait le cerveau…