Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Lubies - Page 150

  • Tu venais de perdre ton ombre...

    Un jour, me dit-elle,

    tu finiras par comprendre

    qu'il y a deux choses

    primordiales

    dans la vie.

    Regarder et faire...

    Trois chagrins d'amour

    et une vraie-fausse dépression

    plus tard,

    grâce à une méthode

    simple,

    tu apprendras à écrire

    un scénario.

    Comme aurait pu dire

    John Ford: il était temps 

    que les cowboys

    apprennent à lire.

    D'ailleurs, au début,

    tu voudras principalement

    écrire

    des westerns.

    Principalement parce que

    tu as toujours cru,

    je te connais chaton,

    à l'idée d'un fantôme

    tout à fait inutile

    dans le regard de l'autre.

    Oh oui, je te connais 

    par cœur, chaton.

    N'oublie pas qu'on a failli

    s'embrasser,

    un soir,

    ce soir où tu dégageais

    cette aura lugubre,

    un soir

    entre Marx Dormoy

    et Sèvres-Babylone.

    Ma bouche sentait la mort.

    Un soir. Ce soir...

    Tu venais de perdre

    ton ombre...

  • ...

    Regarde, me dit-elle,

    comme le visage

    de la nuit

    lentement

    se désagrège...

    Personne ne va souffrir.

    Non.

    Tu vas pouvoir

    reprendre ta vie

    en main,

    peut-être....

    Regarde, déjà, nos corps

    ne sont plus

    ces peaux en sueur.

    Déjà,

    nos mains tirent

    le drap

    vers elles-mêmes.

    Déjà...

    Ne t'inquiète pas.

    Personne ne va souffrir.

    Reprends ta vie.

    Je garderai la mienne...

    Regarde, me dit-elle,

    le matin qui avance

    en prenant soin

    d'effacer

    nos dernières traces.

    Regarde le matin 

    qui avance

    comme la mémoire

    nous quitte

    et pas grand chose

    à consruire

    avec si peu

    de ça...

    Tu vois...

    Je ne revois jamais

    les films.

    A quoi bon, d'ailleurs,

    quand le mot 

    de la fin,

    pour le genre qui 

    nous concerne,

    ne pourra jamais s'écrire

    qu'à l'encre sympathique. 

    A quoi bon...

    Je suis trop jeune

    pour me laisser prendre

    à ces vieux trucs

    d'espion. 

    Tu n'as plus l'âge

    de jouer à ces jeux-là...

    C'est à peine si

    je me souviens

    de tes petits coups

    de langue, tellement

    nerveux, sur mes lèvres

    tellement...

    Tu vois, c'est un signe...

    C'est à peine si...

    Cette façon d'embrasser,

    tellement abrupte,

    tellement violente,

    C'est à peine...

    Tellement rêveuse.

    Personne ne va souffrir.

    Je n'ai pas encore

    envie

    de quelqu'un pour m'aimer

    doucement. 

    Non.

    Personne ne va souffrir...

  • Dans les eaux disputées de la jeunesse...

    Sache, me dit-elle, chaton,

    qu'il y aura toujours

    une fête,

    de l'autre côté de la rivière...

    Oui, une fête

    à tenir hors de portée

    des enfants.

    Hors de la vue de

    toutes celles et tous ceux

    qui carburent

    au jus de mangoustan

    et à l'empathie...

    Ensuite, 

    pendant qu'ils mèneront

    leur inexorable enquête

    comme des singes 

    aux yeux fuyants

    sur leur bicyclette,

    à la recherche de

    nos cadavres  

    dans les eaux disputées

    de la jeunesse, 

    alors on trinquera, chaton,

    au bon, au mauvais,

    au sale.

    Parce qu'on a tous brisé

    des promesses. 

    Parce que le rouge 

    est la seule couleur

    qu'on voit...