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Lubies - Page 149

  • ...

    Embrasse-moi, me dit-elle,

    et puis retourne

    caresser 

    les bras de la nuit.

    Évite les pièges

    habituels

    de l'entretien d'embauche.

    Ne jamais caresser,

    trop longtemps,

    au même endroit.

    Pour commencer, ça s'agace.

    Et puis c'est à la tristesse

    éternelle de l'été

    que tout ça vous renvoie. 

    Enfin...

    Ne jamais regarder

    la nuit

    quand elle dort.

    Non. 

    Jamais...

     

  • ...

    Il n'y a pas plus fragile, 

    me dit-elle,

    qu'un jeune homme,

    lorsque l'ange est revenu

    spécialement

    pour lui...

    Je repense souvent

    à ce vieux dandy

    qui prétendait

    avoir déjà vu sa mort.

    Vers trois heures

    du matin,

    presque toujours,

    autour de lui,

    il y avait un abîme

    creusé par le temps.

    Autour de lui,

    soudain,

    tout croulait.

    Lourd du poids de la neige,

    c'est son nez qui tombait

    en premier,

    plus vite qu'un crachat...

    Un soir, me dit-elle, 

    je lui ai ouvert

    mon cœur

    dans les toilettes

    pour hommes. 

    Il m'a parlé de la rue

    des regards

    et de son écologie fuyante.

    Ensuite, mes larmes,

    il en a fait son bureau...

     

     

  • En aval d'une contraction brusque...

    L'Amour, me dit-elle, 

    est une peau.

    Au commencement,

    pour conserver

    une belle qualité de peau,

    il n'y a pas de miracle:

    il faut les caresses

    d'une voix.

    Il faut, aussi et surtout,

    qu'on cesse, séance tenante,

    de considérer

    les vieux mélos

    de la Fox

    comme une ode éperdue

    à la naïveté...

    Je suis née une première fois,

    au milieu 

    des années quatre-vingt.

    Dans les parfums d'apocalypse

    et tout le mauvais sang

    de l'ancien monde

    pissé par-dessus

    les grands canyons arides

    des bars de nuit

    aux mille et une

    arrières-salles voûtées,

    climatisables.

    Et c'était une suite

    de jets ronds

    en aval d'une contraction

    brusque.

    A cette époque,

    tu peux me croire,

    On n'avait pas de temps

    à perdre,

    chaque minute comptait. 

    Oui...

    Sous d'étranges boules

    à facette,

    tapées à la machine

    par les doigts nerveux

    d'hommes qui,

    à l'approche de la tempête,

    sentaient bien

    qu'il leur faudrait encore

    mourir au petit matin,

    avant de renaître

    dans le trou noir des vanités... 

    Oui...

    c'est vraiment là

    que je suis née,

    juste en face de ces hommes

    qui venaient me regarder

    danser

    pour que je les tue 

    un peu moins vite.

    Parfois, certains m'offraient

    à boire. 

    Parfois, quand même, j'acceptais. 

    Quand on a failli tuer

    un homme,

    la moindre des choses,

    c'est de le nourrir

    ensuite

    à petites becquées...