Donnez la nuit...

La plupart des événements…
Cela peut entraîner une différence
notable
dans la qualité du film,
mais la caméra cesse de tournoyer
et les machinistes en profitent
aussitôt
pour s'inviter à la mise en scène.
Sur l'écran de contrôle:
toujours cette course poursuite
sur une route de terre
et partout,
il y aurait des cigales
en train de craquer
nerveusement
sur leur boite d’allumettes…
oui, la plupart des événements
relatés dans ce poème
sont inexacts.
L’auteur, cependant, a cherché
à faire œuvre d’historien...
Rêvé que Michel Beaune
s’invitait lui-même à sa communion solennelle.
Deux semaines, déjà, qu’il était revenu
d’entre les morts
et chacun dans sa chacune
ou vice inversé
célébrait, comme il se doit,
le grand acteur que ça avait été,
cet homme ordinairement beau
avec son regard
aussi mélancolique et imparable
que le bleu du rêve.
Voilà…
Il s’excuse, en outre,
l’auteur,
auprès des personnes
qui, à leur insu,
porteraient l’un des noms
empruntés pour désigner
certains personnages
du dit poème
avec lesquels
elles n’ont, bien sur,
aucun rapport…
Alors comme ça, me dit-elle,
tu es revenu.
Mais c’est trop tard
et ça suffit!
Donnez la nuit
que l'auteur de ce machin
se prenne un peu
les pieds dedans.
(photo Frédérick Jeantet)