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Lubies

  • Charcuterie

    On ne doit sa survie 

    à personne 

    Le matin consiste 

    à libérer la mélancolie 

    que la nuit a retenu

    prisonnière 

    le temps que nos rêves 

    fassent leur sale boulot 

     

    Le monde n'est qu'un 

    adolescent qui promène 

    ses boutons et l'envie 

    de bouger son mal être 

     ailleurs mais quelle 

    destination choisir

    la mission locale 

    le suicide 

    même ChatGPT hésite 

     

    Déjà un nouveau jour

    se lève avec la crainte

    enfantine mais faute de mieux 

    de n'être pas plus aimé 

    aujourd'hui qu'hier

    De là naîtra sans doute

    un début de colère 

    qui s'étouffera

    dans ses propres 

    régurgitations

    On pisse surtout 

    après deux bières 

    Au bout de trois 

    deux et deux ont déjà 

    du mal à faire quatre

    Ou qui sait 

    des désirs de vengeance 

    promis à l'étal sanguinolent 

    de quelque obscure 

    charcuterie en réseau 

     

    L'humanité toute entière 

    a besoin d'idioties utiles 

    de se chercher

    des boucs émissaires

    L'existence par endroits 

    c'est cette vieille peau 

    revenue bien après 

    le décrochage estival 

    Elle aimerait se faire 

    tatouer un ange 

    pour qu'il veille sur elle

    Le temps d'aimer 

    et de mourir 

    De bronzer et de se taire

     

  • Refuge

    Les sardines brillent
    comme une carte postale
    Je prête une oreille
    tout à fait indifférente
    au cliquetis méticuleux
    des mâts que la houle
    agite et nous sommes
    face à face un café
    une carafe d'eau fraîche
    devant le rail d'Ouessant

    J'imagine sur la lande
    le lapin d'Alice
    Un vélo passe
    il court sur son passage
    l'escorte pour rester
    raccord avec son rôle
    de spectacle vivant
    à lui tout seul

    Tes lèvres s'échouent
    en cale sèche
    sur le rebord de nos migraines
    qui peinent ce jeudi matin
    à se tenir en équilibre
    Et c'est là juste avant
    le souvenir de ce square
    où me disais-tu hier soir
    qu'un peu trop bu
    qu'un peu trop de clopes
    Qu'un peu trop de tout
    et pas assez d'autre chose
    ce square cet après-midi là
    quand tu le voulais
    vraiment ce garçon
    ce square quand
    tu as donc fini par
    oser tes lèvres
    vers les siennes
    Ce square quand tu as
    remarqué à quel point
    ses lèvres à lui et aussi
    sa bouche de seize ans
    grand trop maigre
    et brun à couper le souffle
    temblaient comme un caniche
    devant un refuge

  • Doute raisonnable

    Vers la forêt de Saint-Germain

    La nuit recule dans l'ombre 

    et le sang des bêtes 

    Toujours cette peur

    de la piqûre qui vient 

    renaître avec les premières 

    lueurs de l'aube

     

    Les gares ont fini

    leur gymnastique suédoise

    Une rumeur de chasse neige 

     et déjà sur l'autoroute 

    tout est en place 

    Avant que le jour 

    ne se lève pour de vrai 

    c'est là que nos rêves 

    priés de prendre

    une douche froide

    viendront déverser 

    leurs chiens courants 

    leurs chats crevés 

     

    Tu pourrais lire en moi

    comme dans l'amertume 

    du café mais pas

    ce matin puisque 

    si on évite de nommer 

    les choses elles cessent 

    aussitôt d'exister 

     

    Tu soulèves une hypothèse 

    En l'absence de preuves

    inattaquables

    chaque retour de vacances 

    bénéfice encore 

    d'un doute raisonnable