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Lubies - Page 281

  • Les dernières impatiences

    « Dimanche.  Un dimanche où c’est soudain devenu plus facile de venir à bout des opinions. »

    Déclic ? Révélation ? Quoi d’autre ? Je ne connais pas le nom exact que l’on donne à ça, mais j’aime.  J’aime surtout l’effet immédiat– la chose inédite-le sentiment nouveau, tout ça qui se cache juste derrière le nom,  tout ça, ces trois trucs, couplet-contrepoint-refrain, ces trois trucs qui tour à tour se reniflent, s’associent puis finalement se repoussent, ce déclic-cette révélation- cet on ne sait quoi, tapis dans son trou de bête, ou alors en arrêt-les muscles figés nets, comme un chien au pied de la lettre, et quelque fois, aussi,  embusqué à l’abri de la dernière syllabe,  tout ça attendant  que le gros de la troupe à vue d’œil s’amenuise et tant pis les heures que ça prendra, tant pis le temps que ça va mettre. Tant pis. Tant pis.  Le sens, depuis qu’avec le jour qui baisse des mains obscures poussent  leurs drôles de pierres afin de fortifier les derniers bastions de la nuit, le sens, par-dessus tout, ça sait attendre. C’est un animal craintif, le sens. C’est cet animal qui a coutume de sortir de l’ombre une fois dissipées une par une les dernières impatiences...

     

    (Photo Frédérick Jeantet)

  • Une peau comme la tienne

    « Tu sais, les hommes frappent les portes à s’en briser les poings et c’est juste histoire de vous prouver qu’ils souffrent, qu’ils ont des scrupules.  A présent je me moque un peu de tout ça. Rien que des poses. Du bruit. Du vent. A présent, tu sais, j’ai le visage bouffi et la peau blanche d’un vieux  barman de nuit. Comme je regrette de ne pas t’avoir suivie.  Pourquoi ne l'ai-je pas fait? Oh...j'ai toujours eu du mal à prendre les choses en mains. Et puis je n'ai pas une peau comme la tienne. Capable de tout garder à l'intérieur... »

     

    (Photo Frédérick Jeantet)

     

  • Je ne suis pas folle

    Je ne suis pas folle

    Mais non

    C’est juste que je me trompe beaucoup

    La vie est un petit luxe triste  

    Mais non je ne  veux pas je refuse d’entrer

    Dans cet hôpital

    Parce que c’est comme si soudain la vie doutait de vous

    Je n’ai pas mal

    Pas au point de laisser aller mes larmes

    A toutes les eaux du monde

    Je refuse qu’on m’interne avec les 

    Vieux les parias de la république invisible les fous

    Qui veulent vous apprendre à faire danser les raisins secs

    Et ça s’entend d’ici leurs sentences monotones

    La vie,  c’est du saut d’obstacle

    T’as beau prendre ton élan pour mieux sauter c’est souvent que

    Tu buttes sur la barrière

    Le manque de quelqu’un

    De quelque chose le manque

    Qu’on ne peut pas combler

    Au moins ça aide

    Ça aide à se construire de beaux souvenirs

    L’important dans la vie, c’est ce qui manque

    Même si on s’arrache le foie

    Même quand on voudrait s’éclater  la rate

    Même quand la vie c’est rien que du bruit dont on se détourne

    Même quand on est triste et qu’on se dit 

    Décidemment je ne fais rien comme il faut

    Non

    Je refuse je n’irai pas dans cet hôpital

    Leurs blessures de soldat de plomb, ça casse l’ambiance

     Qu’on me laisse vivre avec mes crises d’angoisse.

     

    (extrait de Fade to Grey. Texte écrit d'après les toiles de Catherine Arbassette.)

     

    (Photo Frédérick Jeantet)