Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

...

(Photo Frédérick Jeantet)

 

 Un. Le froid était sur sa vie. Deux. Fort fort longtemps. Trois. Et  ça sentait déjà la chaussette sale et la relégation. Déjà perdu. Foutu, vous savez. Bref il faisait froid et ça faisait comme la neige sur le jardin. Un froid humide, c’était. Un froid de bord de mer en novembre. Un froid poreux. A faire mourir les ports. Pourrir le monde d’ostéoporose. Et que ce froid était lancinant. Insidieux. Vous savez. Vos os se rétrécissent. La peau se desquame. Vous savez bien. Et puis voilà le pire. Le sel de vos larmes n’y est pour rien. D’ailleurs elle ne pleurait presque plus. La dernière fois c’était…Et donc ce froid-là. Un. Sa vie peu à peu se gerçait. Deux. Une belle garce qui se serait gercée, sa vie. Voilà. Trois. Et c’est souvent que les garces font ça. Rien que des roses. Oui mais les plus belles. Oui mais quand même promises à se faner avec le reste du bouquet.

 

Il pleut à toute vitesse. Le monde se mouille lentement. La nuit va s'ouvrir après l'autoroute…

 

Un. Et donc ce froid. Deux. Même qu’aux commissures de ses lèvres ça ne plissait plus tellement de rire. Non. Trois. Et comme rire la fatiguait. Alors elle restait concentrée. Voilà. L’essentiel de son être disponible n’avait plus qu’à se concentrer sur une somme de tâches lesquelles, justement, réclamaient de l’exactitude. Justement.Voilà. Et jusqu’ici tout allait bien. Ca lui suffisait. Elle se repaissait en boucle de la satisfaction du devoir accompli. Un devoir familial. Deux enfants dont elle avait accepté la charge quotidienne parce qu’en contrepartie on lui fichait la paix. Deux petits êtres bricolés en hâte. Un. Deux. Trois. Deux petits êtres qui lui avaient enseignée la tyrannie de la douceur. Le meilleur et le pire d’elle-même. Aussi et surtout ça. Une autre histoire. Tellement plus belle celle-là. Et dont on savait au moins qu’elle connaîtrait une fin heureuse. Du moins elle l’espérait.

 

 

 Deux cocottes minutes qui s'amusaient de leurs variations concomitantes…


Deux êtres plus un troisième, parce qu’il faut bien un début à chaque histoire. Vous savez cette autre part de soi-même avec qui, au départ…Bref. Vous savez. Cette moitié de cœur insécable, qu’on croyait. Cette moitié qui peu à peu s’émiette dans la peine et l’indifférence. Parce qu’il faut bien un milieu à chaque histoire. Le temps qu’on met à s’en rendre compte et déjà ça s’éloigne. Comme il fait déjà très froid. Comme…Voilà, c’est déjà trop tard. L’amour a fini par mourir. De sa belle mort. Parce qu’il faut bien apprendre à finir chaque histoire.

 

Pourquoi les amours finissent-elles, tôt ou tard, par mourir d’absence. Par gonfler comme un abcès. Et qu’on presse tant et tant dessus pour, pense-t-on, extirper le mal. Et que du pus et rien que du pus. Pourquoi n’a-t-on jamais soupçonné que c’était là, depuis un moment, à suppurer en espérant le pire ? Ce pus empoisonné. Un. Pourquoi ? Deux. On n’a jamais su. Trois. On ne saura jamais…

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.