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Lubies - Page 32

  • Contre le crépuscule

    Où vers quoi

    pédale-t-il

    chaque matin 

    cet homme précédé 

    d'un grand chien fauve

    comme un réveil 

    maussade 

    dans l'aube brouillée ?

    À cette heure 

    aucun cri de nourrisson 

    pour faire office 

    de chant du coq 

    Aucune portière claquée 

    vers une envie de croissant 

    La presse quotidienne régionale 

    patiente comme une épouse 

    de longue peine 

    avant l'heure légale 

    des visites 

     

     Il est presque toujours 

    6 h 00

    quand ma cigarette et moi

    nous l'apercevons 

    Tous les balcons 

    de la résidence 

    peinent à boire 

    l'eau moite de la nuit

    La marée remonte

    en bas sur la plage 

    L'air d'une vieille foraine 

    qui pousse ses cerceaux 

    contre le crépuscule 

     

    Il est presque toujours

    7 h 00

    quand nous guettons

    le retour du cycliste 

    et de son chien 

    C'est chose vaine 

    Sans doute appartient-il 

    à cette espèce d'êtres

    qui n'ont nul besoin

    de test de paternité 

    pour valider leur existence 

    Alors ils vont

    gagnent ou perdent 

    et jamais ne reviennent 

     

    Entre les pins 

    l'orage traîne encore 

    sans dissuader pour autant 

    les joggeurs éternels 

    Ni les promeneuses 

    de cabots

    parties voir

    si le sable refusera

    pour peu que la pluie 

    s'y mette

    d'escorter leurs joies 

    toutes simples 

    d'être là tout simplement 

    Certains fument leur

    gueule de bois

    au menthol

    D'autres courent après 

    une jeunesse perdue 

    d'avance 

    Les enfants de promeneuses 

    de cabots

    ont-ils plus de chance 

    de tenir leurs rêves

    en laisse ?

    Les gens ont dû mal 

    à arrêter 

    ce qui est mauvais 

    pour eux 

     

     

  • Des ombres

    Les jolies vues 

    ça paie pas les factures 

    L'internationale des serveuses

    et des serveurs 

    qui vivent les saisons 

    déclarées ou moins 

    d'Auray à la Trinité sur Mer

    le savent bien

    Elles et ils courent

    pourtant sans désemparer 

    leurs plateaux de bonne humeur 

    levés en haut style 

    tendus comme autant d'offrandes 

    sacrificielles 

    dans l'espoir de vivre

    pour certains un jour

    après l'autre 

    quand d'autres fomentent

    secrètement des désirs 

    d'ailleurs 

    Le plus souvent une bande

    musicale pour décor 

    d'ensemble 

    permet de maintenir 

    à un niveau sonore

    raisonnable 

    trop de bruits 

    dans toutes ces oreilles 

    Rires et rumeurs

    des conversations

    qui naissent depuis les terrasses

    jusqu'à gonfler comme

    une ligne de basse

    lourde et lente

    vers l'intérieur des salles 

     

    Hier en fin d'après-midi 

    à cette heure où le soleil 

    faisait enfin son âge 

    Nous nous sommes assis 

    à l'une de ces terrasses 

    Tes yeux dans le sillage 

    de cette serveuse

    si jeune et le visage déjà 

    plus qu'un brouillon de lumière 

    Tu m'as dit

    Elle est morte de fatigue 

    et n'empêche quelle figure

    énergique 

     Peut-être qu'elle pense 

    j'en peux plus mais

    l'été ne va pas 

    se vider tout seul 

    Peut-être qu'elle nous regarde 

    comme de simples silhouettes 

    Qu'elle a appris à nous sourire 

    comme à des ombres 

     

    Tu as raison 

    Il y a trop de monde 

    par ici 

    De toute façon 

    même les mouettes 

    ont déserté le ciel 

    sans doute par crainte

    qu'on les dépouille 

    de leur vol

    Une main tire la nuit 

    par là -bas

    et depuis l'invention 

    du tourisme de masse 

    l'oeil du peintre 

    nous a relégué au rang

    de simples mannequins

    pris au piège des vitrines 

    d'un mois d'août 

    épatant de santé 

     

     

     

     

     

  • Ty Bihan

    Carnac très tôt
    ce matin

    Le peigne mauvais
    du vent
    s'applique à décoiffer
    la cime des pins
    Sur la plage
    de Ty Bihan
    les premiers baigneurs
    arrivent
    prêts à chasser la sirène
    chaussés de méduses
    Petit avant poste
    de l'armée qui s'apprête
    à replanter le drapeau
    dans la chair à vif
    du sable
    On raconte qu'ici
    rien ne cicatrisera
    avant septembre
    Si je peine à distinguer
    leurs visages enfouis
    sous les capuches
    entourées de sommeil
    je suppose des mains
    triturant aux fond des poches
    les lettres inutiles
    d'un dernier rêve
    Sans doute ira-t-il bientôt
    heurter
    le miroir des vagues
    qui a vu
    tant d'oiseaux
    mourir dans ses yeux