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Lubies - Page 252

  • A la vitesse...

    Cette journée se présente donc sous la forme éclatée d’un puzzle. C’est d’ailleurs une journée qui ne forme pas un tout. Une suite chaotique de souvenirs-poussières  rebattus, soulevés ça et là par les vents de la mémoire. La mémoire ou plutôt le regard perdu de la mémoire. Des personnages de départ, ne reste plus que des fantômes, des contours flous d’hommes et de femmes assez neutres. Dès qu’ils se souviennent des choses, que ce soit en bien ou en mal ou les deux à la fois, commence alors une lutte incessante entre le monde et leur anxiété. Anxiété face à l’âge, face au fait de vieillir dans les provinces reculées du souvenir. Anxiété face à ce besoin d’utiliser le souci comme dernier rempart contre les autres et leur foutue mobilité de chaque instant. C’est la grande affaire de l’époque, ça... Une époque vendue corps et âme à la vitesse. Et ça fait longtemps. A la vitesse. Longtemps...

     Photo Frédérick Jeantet. 

  • ...

    La boue ne salit 

    que les phrases

    trop compliquées

    pour retomber

    sur leurs pattes.

    Ecrire, par moment,

    c'est lancer des chats.

     

     

    (Photo Frédérick Jeantet)

  • La veille de Noël juste après...

    Maintenant je me souviens. La veille de Noël. Oui, absolument. Noël, là-bas, juste après les hautes plaines. Mon âme, voyons,  je n’en ai plus. Ou alors la seule dont je dispose est celle que je t’ai volée. Je me souviens qu’au début, je voulais voir les canards. Les canards de Central Park.  Que juste avant mon départ,  j’avais lu et relu ce livre. Qu’à force j’en savais des extraits par cœur.  Que l’extrait de ce livre qu’entre tous je préférais, précisément c’était celui où il était fait mention des canards de Central Park.  Les ai-je seulement aperçus au bout du compte ? Et sinon, avec qui me suis-je promené dans les allées de Central Park ? A moins qu’une fois encore j’ai fait ça toute seule ? Voilà. Je me souviens que si je tenais tant à mon existence solitaire, c’est parce que j’étais convaincue à l’époque- je le suis toujours- que tous les solitaires sont des subversifs. Je marche à coté de mes souvenirs.  Suis-je à bonne distance et mes yeux perceront-ils enfin  l’épaisse brume qui les entoure? J’en doute. A force de ressasser le passé, j’ai la tête lourde et le souffle me manque. New-York.  Les contours de la ville recommencent à se tordre. A nouveau mon esprit se brouille.  Mes angoisses sont-elles à l’origine de ces nuages noirs qui menacent, juste au dessus de moi ? Je vais continuer  de raconter  cette histoire. Tant pis si mes souvenirs  tentent de m’échapper encore.  Tant pis si cette ville m’est devenue tout à fait étrangère.Tant pis...