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  • Abattage

    Le brouillard caresse les contours 

    d'un monde assoupi sur sa fin de race 

    Le concept de race n'existe pas plus

    que celui d'étable à en croire 

    les tenants des fermes 

    à mille vaches

    de l'élevage en stabulation 

    Je sais que savoir 

    d'où l'on vient 

    n'a jamais empêché personne 

    de bifurquer au mauvais croisement 

    Ni de s'entêter dans la mauvaise direction 

    Je suis un garçon perdu 

    comme tant d'autres 

    nés et grandis à la ferme 

    ce qui pourrait presque

    au commencement 

    nous rendre plus originaux

    que les autres 

     depuis que la vie 

    ne vit plus tout à fait 

    les mêmes saisons 

    Le brouillard est un mauvais rêve 

    et dedans un troupeau patiente 

    La fièvre lui prend le museau 

    Les veaux sont devenus invendables 

    Les ruminations des vaches 

    s'accompagnent d'abattement 

    d'anorexie de larmoiements

    Bientôt la fin des fièvres 

    Des œdèmes apparaissent 

    Le brouillard est sur la ville 

    Ailleurs on parle d'abattre le troupeau 

  • Rodéos

    Ce matin n'est pas une aube américaine 

    Il est trop bavard pour ça 

    Soit on fait les choses en grand 

    Soit on s'abstient 

    Ce matin ne sortirait jamais une arme 

    il n'en possède aucune 

    pour tirer sur le premier pigeon 

    qui viendrait chatouiller 

    par erreur 

    les aisselles de son balcon 

    Ce matin n'habite pas sa misère 

    way of life

    dans un village de mobli homes

    où la bannière étoilée 

    flotte devant chaque perron 

    histoire d'aggraver 

    la mélancolie des petits blancs 

    qui eux aussi un jour 

    ont pu se dire

    qu'ils pourraient gagner 

     un Super Bowl deux oscars 

    trois rodéos 

  • Désherbage

    Décembre et nos rêves d'enfant 

    tentent comme le veut l'usage 

    en vigueur depuis une certaine idée 

    de la crise de la quarantaine 

    rituel de pensée magique 

    aussi chronicisé qu'un toc

    oui tentent de renouer

    avec leur voix profonde 

    mais encouragés de plus en plus 

    à vivre l'instant 

    de tous ces affects tristes

    ne permet guère de profiter 

    de la présence simple et silencieuse 

    d'un samedi de café refroidi 

    par le report de l'aspirateur

     à passer des courses à faire

    Si j'écrivais de la poésie 

    l'hiver qui apparaît furtivement 

    entre deux cintres 

    alors que les nuages désherbent

    un peu leur penderie 

    me dicterait sans doute

    un haïku d'une tendresse inouïe